Maturité du cerveau

Pourquoi avait-on choisi l’âge de la majorité à 21 ans ?

Je voudrais cette fois-ci aborder le problème des addictions des jeunes. Bien sûr beaucoup de situations nous viennent en tête : tabac, cannabis, alcool, pornographie, expériences sexuelles, réseaux sociaux, téléphones, jeux multi-players …

Mais, à la limite, toute notre vie nous serons confrontés, attirés et peut-être séduis par un certain nombre d’expériences. Adultes comme adolescents, nous ne sommes d’ailleurs pas très fiers de certaines de ces expériences !

Aussi, au lieu de faire une énumération de toutes ces tentations, d’accuser la société, les lobbys, l’école, les copains,  les parents, les trusts, les médias … j’ai choisi d’aborder ce problème autrement.

Je ne crois pas qu’un jeune ait envie de se faire harakiri et de se pourrir la vie simplement sur un coup de tête. Je crois trop à la grandeur du cœur de l’homme, à la beauté qui l’habite, à la volonté de la recherche de la vérité qui l’anime pour réduire le comportement dépravé de certains à une seule vision de destruction narcissique.

Il me semble qu’une pièce important du puzzle, si ce n’est la plus importante, concerne l’évolution du cerveau. Les recherches en neuro-sciences ont montré que notre cerveau développe des connexions dans ses différentes parties au fur et à mesure de notre âge. Celles-ci concernent le lien entre les deux hémisphères, elles sont fluctuantes et ne se stabilisent souvent qu’après la vingtième année tout en n’étant jamais définitives.

On sait que le centre du plaisir s’organise dès l’adolescence, mais des chercheurs ont montré que la partie du cerveau qui régule les impulsions, le cortex préfrontal, arrive à maturité que très tardivement, vers le milieu de la vingtaine. Un adolescent serait donc structuré, au niveau neurologique, uniquement pour recevoir les sollicitations et non pour les refuser. Il y a d’ailleurs une différence à ce niveau là entre garçons et filles : les filles sont plus précoces que les garçons (étude de neurologistes de l’Université de Newcastle)

Le bon sens des générations précédentes qui avait fixé la majorité à 21 ans semble avoir fait preuve de prudence, éclairée maintenant par les études scientifiques d’aujourd’hui. Cette précipitation à vouloir tout permettre à  l’adolescent risque de mettre notre jeunesse dans l’incapacité à pouvoir gérer neurologiquement les tentations auxquelles elle est confrontée.

Le «tout, tout de suite», la difficulté à gérer ses frustrations, le désir de toute puissance, le «j’y ai droit», le «c’est pas de ma faute» … et j’en passe, n’ont rien de dramatiques chez un jeune à partir du moment qu’il est remis à sa juste place : un adolescent a besoin d’apprendre à se structurer, à gérer ses pulsions, à poser des choix libres. Et ça demande beaucoup temps. Ce n’est pas à 12 ans, ce n’est pas à 15 ans, ce n’est pas à 18 ans qu’un jeune est entièrement capable de se gérer de manière autonome. Il faut attendre au moins 21 ans dans la plupart des cas.

Je ne résiste pas pour conclure à vous donner un exemple qui pourraient nous faire sourire si les conséquences ne risquaient pas, dans certains cas, de devenir dramatiques. Un jeune de 15 ans, iphone en main, m’explique l’absolue nécessité de cet appareil : lors d’une soirée avec des amis pour voir un spectacle, l’utilité d’une telle machine est manifeste pour avoir les horaires, préciser les retrouvailles … pour pouvoir fumer son joint avant de démarrer la soirée. A la question : mais tes parents te laissent comme ça sortir en pleine nuit ? La réponse vient aussi sec : ils me disent qu’ils me font confiance !!! Je lui exprime mon étonnement. On se quitte bons amis et il me déclare qu’il est bien d’accord avec moi, que ce n’est pas normal, mais qu’il ne le dira jamais à ses parents parce qu’il ne veut pas qu’ils l’empêchent ensuite de faire ce qu’il veut ! 

Faire confiance, oui …… mais à quoi, en qui ? Faire confiance en cette capacité de nos enfants à devenir des super jeunes filles et des super jeunes gens … oui, mille fois oui. Mais faire confiance aux multiples situations délirantes et addictives de l’environnement de nos enfants : non, mille fois non ! Sommes-nous bien certains que nos enfants ne nous en voudrons pas plus tard de ne pas les avoir aidés à poser des inter-dits ? Demandons à nos grands adolescents s’il accepteraient que leur petit frère ou leur petite sœur fasse la même chose ? ou si pour leurs enfants ils seront d’accord de les laisser faire n’importe quoi ?